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Qui a peur des femmes photographes 1839-1945 ?

Auteur

Mariela Saldías

– Chaque année, la rentrée des musées, à Paris, est l'un des rendez-vous les plus attendus et les plus passionnants de la vie culturelle de la capitale française. C'est à cette période de l'année que les Parisiens et les amateurs d'art internationaux se rendent dans les musées et galeries d'art à la recherche de l'événement de l'année.

Plus tôt ce mois-ci, j'ai eu un problème particulier coup de coeur pour une exposition exceptionnelle intitulée « Qui a peur des femmes photographes ? (1839-1919) exposé au Musée de l'Orangerie, du 14 octobre 2015 au 24 janvier 2016. Pour la toute première fois en France, cette exposition retrace les quatre-vingts premières années d'expériences photographiques des femmes et présente les travaux de plus de 70 femmes photographes, de France et du monde anglo-saxon, du du milieu du 19e siècle au tournant du 20e siècle.

Au cours des quarante dernières années, les spécialistes de la photographie et les historiens de l’art ont réévalué l’importante contribution des femmes au développement de ce fascinant moyen d’expression artistique. Depuis son invention en 1839, il existe une idée commune selon laquelle la photographie, de par sa nature technique, était une affaire strictement réservée aux hommes. Cependant, les femmes ont joué un rôle plus important dans l’histoire de ce phénomène que leurs confrères artistes dans le domaine des Beaux-Arts traditionnels.

À travers une lentille féminine

Récemment, j'ai eu la chance de participer à « La Soirée des jeunes » organisée par le Musée de l'Orangerie en partenariat avec le École du Louvre. Dans ce cas précis soirée, les jeunes visiteurs étaient invités à parcourir l'exposition « Qui a peur des femmes photographes ? murs d'exposition tandis que des étudiants chevronnés en histoire de l'art et en muséologie faisaient découvrir à leur public les œuvres exposées.

Cette expérience m'a permis de redécouvrir certains portraits énigmatiques et scènes allégoriques de Julia Marguerite Cameron ainsi que les œuvres poétiques de Jenny de Vasson, sans oublier quelques aperçus de l'exposition que j'ai recueillis lors d'un entretien exclusif avec Thomas Galifot, conservateur de la photographie au musée d'Orsay. Il a gentiment expliqué la raison d’être de l’exposition : «Le propos de l’exposition n’est pas de retracer une histoire de la photographie sous un angle exclusivement féminin. L'exposition vise davantage à montrer la relation singulière et progressiste entre les femmes et la photographie.»

Qui a peur des femmes photographes, 1839-1945
Julia Margaret Cameron (1815-1879) Mme Herbert Duckworth, 12 avril 1867 Paris, Bibliothèque nationale de France.
Qui a peur des femmes photographes, 1839-1945
Julia Margaret Cameron (1815-1879)
Vivien et Merlin (illustrations des Idylles du roi de Tennyson), 1874 Paris, musée d'Orsay.

L’une de mes parties préférées de l’exposition met l’accent sur la notion d’intimité féminine et l’exploration en photographie des « domaines féminins ». En raison des conventions sociales et culturelles de l'époque, les productions photographiques des femmes se limitent principalement aux portraits, aux sujets d'enfants et aux scènes domestiques.

À cet égard, Galifot a commenté : «Très tôt, les femmes ont développé une relation personnelle et pourtant plus sincère avec l’art de la photographie. Qu’elles soient amateurs issues des classes supérieures ou véritables professionnelles, les femmes photographes ont stratégiquement utilisé leur genre pour assurer leur succès critique et commercial.

En effet, l'expérience photographique a permis aux femmes d'explorer des sujets tels que la maternité et les liens d'affection entre les femmes, sujets inaccessibles aux hommes en raison de leur caractère très intime. Dominique de Font-Réaulx, conservateur général au musée du Louvre, précise : « Dans un monde dominé par les hommes, la photographie a donné aux femmes la possibilité d’exister au-delà du domaine de la vie domestique et de satisfaire un désir de créativité personnelle. »

L’exposition met également en lumière la capacité des femmes photographes à explorer au sein de leurs photographies la notion de différence de genre. La photographie permet aux pratiquantes de donner leur propre vision de la virilité et de la masculinité. Cela se voit dans les photographies représentant de grands hommes et dans d’autres scènes où la paternité et les relations étroites – amoureuses ou amicales – entre femmes et hommes sont grandement renforcées.

Pousser les limites

À la fin du XIXe siècle, les frontières imposées par les différences entre les sexes sont progressivement repoussées. Ce phénomène est dû en partie à l’émergence de l’idéal anglo-saxon de la « New Woman », concept très popularisé dans les romans de Henri James. Le Autoportrait en studio par l'Américain Frances Benjamin Johnston (exposée dans l'exposition) est l'exemple parfait de ces femmes indépendantes qui ont repoussé les limites fixées par une société dominée par les hommes. Johnston fut en effet la première femme photojournaliste et devint une défenseure infatigable de la photographie féminine.

Qui a peur des femmes photographes, 1839-1945
Frances Benjamin Johnston (1864-1952) Autoportrait en studio, vers 1896 Washington DC, Bibliothèque du Congrès.
Qui a peur des femmes photographes, 1839-1945
Frances Benjamin Johnston (1864-1952) Mills Thompson habillée en femme, 1895 Washington DC, Bibliothèque du Congrès.

En 1888, l'entrepreneur américain Georges Eastman a présenté l'appareil photo Kodak, « Vous appuyez sur le bouton, nous faisons le reste », le premier boîtier portatif conçu pour utiliser du film en rouleau. L’invention de l’instantané permet aux femmes photographes de conquérir des « territoires virils » et certaines d’entre elles participent activement à la sphère politique.

Par exemple, le photographe écossais Christine Balai était une fervente partisane des suffragettes britanniques et la plupart de son travail photographique pouvait être vu dans la presse suffragiste. Une dernière salle de l'exposition illustre l'engagement des femmes photographes dans le long combat pour les droits civiques des femmes et leur implication dans la Première Guerre mondiale.

Ne manquez pas l'occasion de découvrir par vous-même comment des pionnières oubliées ont façonné le monde de la photographie, ouvrant la voie aux générations futures. Aussi, la deuxième partie de l'exposition se déroule dans le Musée d'Orsay (couvrant 1918-1945). Cette vitrine se concentre sur le phénomène des femmes photographes des années 1920 et 1930 et sur leur contribution à la naissance de la photographie moderne dans l'entre-deux-guerres.

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